lutte des classes

Posté par bifaceb le 2 octobre 2014

 

On se souvient du mot de Warren Buffet, le milliardaire américain :

« la lutte des classes existe, et d’ailleurs nous l’avons gagnée ! »

 

La lutte des classes :

niée par les uns, décrite comme le moteur de l’histoire économique et sociale par les autres…

 

De Marx, chacun d’entre nous a un peu retenu ce qu’il a lu, appris, entendu, et tout autant oublié …

Beaucoup pourraient sans doute citer trois concepts de l’ héritage marxiste :

  • l’exploitation de l’Homme par l’Homme,
  • la lutte des classes
  • le communisme.

Si le communisme est bien lointain chez Marx, et peu décrit, sinon comme l’abolition des classes sociales,
il est aujourd’hui largement passé par profits et pertes de l’Histoire. Quant à l’exploitation de l’Homme par l’Homme,
c’est une expression un peu vieillotte, un effet de manche ou d’estrade, du moins dans nos sociétés occidentales
dotées de lois sociales, d’une démocratie représentative, où les individus ont des droits et des devoirs…

Mais la lutte des classes reste un débat d’actualité :
la lutte des classes comme lutte sociale entre une classe de propriétaires, de capitalistes,
et une classe de prolétaires, travailleurs, salariés, réduits à « vendre leur force de travail » pour survivre.
Marx, qui écrivait à la moitié du XIX eme voyait au quotidien ces travailleurs vivant dans la misère, toujours menacés d’être remplacés par d’autres prolétaires encore plus pauvres, le lumpen prolétariat des chômeurs pesant sur les salaires. Il ne prévoyait d’évolution que dans le rapport de forces, et, de crise en crise, une révolution, violente sans doute, « la violence est l’accoucheuse » et la prise de pouvoir par le peuple…
Ainsi avec « la loi d’airain » des salaires (le salaire est juste suffisant pour permettre au peuple travailleur de subsister et de se reproduire), la baisse tendancielle du taux de profit (les affaires les plus intéressantes sont réalisées en premier, les autres, souvent plus capitalistiques, ne pourront être menées qu’avec une exploitation aggravée du travail), l’accumulation capitalistique  (les capitalistes disposent de moyens financiers de plus en plus puissants), Marx, en simplifiant beaucoup, croyait que les forces économiques ne pouvaient qu’aller de crise en crise, de plus en plus graves, que la démocratie, les élections étaient un leurre pour masquer le vrai rapport de force, qui devait jouer sur la force physique, la production, l’insurrection, la révolution, la prise du pouvoir par les travailleurs.

Le capitalisme a vécu des crises, connu des violences, mais a été capable de distribuer aux salariés un pouvoir d’achat qui a permis de créer de la demande pour la production, d’élever le niveau de vie général, de créer une classe moyenne capable d’épargne, et donc détentrice d’une fraction du capital, d’améliorer les revenus de la classe des travailleurs les plus pauvres, et, comme Schumpeter l’avait prévu, il a, grâce à l’innovation, pu contrecarrer la loi de la baisse tendancielle du taux de profit.


Ainsi, fort d’une nombreuse classe moyenne, salariée mais « aisée » ayant la possibilité financière de loisirs, de plaisirs, épargnante et donc attentive à la rémunération de l’argent investi, à la préservation des patrimoines, à une forme d’ordre nécessaire à la transmission familiale, le capitalisme a pu croire avoir définitivement éloigné la menace de la lutte des classes.  » Classe contre classe », il n’y a plus que l’extrême gauche pour utiliser ce slogan, qui veut qu’en toute circonstance, les salariés s’opposent aux employeurs, les exploités aux capitalistes.

Pourtant, je suis certain que la lutte des classes existe bel et bien.

- D’abord l’entreprise, sur le plan financier, au quotidien  et chaque année, décide de la manière dont elle répartit sa valeur ajoutée entre salaires et profits (et impôts !), respectivement rémunération du travail et du capital investi, laquelle se décompose ensuite en agrégats plus complexes: réinvestissements, plus values latentes et, bien sûr, dividendes, visibles, sensibles,  qui matérialisent la rémunération immédiate de l’actionnaire.

C’est tout l’enjeu du débat lancé par la gauche sur la diminution de la part des salaires dans la valeur ajoutée depuis 30 ans, que le rapport Cottis avait analysée de manière complète.

http://www.insee.fr/fr/publications-et-services/dossiers_web/partage_VA/rapport_partage_VA.pdf

C’est aussi l’objectif de certaines délocalisations.

- Ensuite, à certains moments de la vie de l’entreprise, et en particulier quant elle est en difficulté, qu’il n’y a plus de « grain a moudre » ni de projet commun, les oppositions s’avivent entre ceux qui veulent fermer, ou réduire la production pour récupérer leurs actifs, et ceux qui veulent travailler, être payés, jusqu’au dernier euro de production possible, quitte à laisser les dettes aux investisseurs ou à la collectivité. Il y a alors confrontation, de celles qu’on entend dans les médias, comme de celles, plus nombreuses, qui se déroulent dans des milliers d’ entreprises plus petites, moins connues, mais ces conflits sont dans une logique d’affrontement sont présents dans les dépôts de bilan .

A ces problématiques, des réponses ont été données sous forme de participation des salariés aux bénéfices de l’entreprise, voire, dans certains pays, certaines sociétés, de cogestion. Mais ces modalités ne remettent pas en cause la réalité du pouvoir in fine de l’actionnariat.

A l’inverse des fermetures, les sociétés qui ont cru très vite, avec beaucoup de succès, posent aussi la question de la rémunération de leurs investisseurs de départ par rapport aux salariés : l’homme le plus riche du monde, Bill Gates, a simplement gardé les parts de capital de sa société qu’il a créée et fait prospérer, comme le fondateur d’Alibaba, Jack Ma qui vient d’être introduit en Bourse dont il possède, selon mon calcul, pour 7,5 Milliards de dollars, plus que la masse salariale distribuée par l’entreprise depuis sa fondation, il y a 15 ans ****.
Chaque dollar de salaire aurait amené un dollar de Ma-fortune (sans compter les 95% des autres actionnaires !).
Il y a pour moi clairement disproportion, sauf à ce que les salariés soient très largement actionnaires, mais alors, c’est par rapport aux autres salariés d’autres entreprises que l’inégalité est frappante.

-Troisièmement, et c’est là un sujet plus complexe, plus lié à du ressenti, du vécu, les salariés, certains salariés, ceux d’une grande usine,  d’un lieu qui a une histoire (un métier dans une ville) se sentent « propriétaires  » de cet environnement de travail, de ces savoir faire qu’ils connaissent bien, parfois mieux que la direction,  qu’ils mettent en œuvre au quotidien, et se sentent dépossédés de « leur » métier, au sens de leur propriété intellectuelle et morale si on ferme l’usine, transfère ailleurs la production, quel qu’en soit le motif, et même si les reclassements ont lieu dans des conditions acceptables. Ils y ont travaillé des décennies, leurs parents, leur famille, leurs amis, ils en ont subi les vicissitudes et en connaissent les recoins, c’est devenu « leur » usine…
les exemples sont légion, de Goodyear, Conti, aux Lipton, mais aussi la fermeture d’un grand centre de tri postal, d’une base militaire…

Participation, Cogestion, ne sont pas une réponse à ce type de situation mais alors, l’autogestion, la gestion par les salariés de leur outil de travail, en pleine responsabilité, ce qui implique qu’ils soient capables de le financer et de le faire fonctionner dans le cadre du marché ?
L’autogestion « soixante-huitarde » avec dirigeants élus, interpellables  et révocables à tout moment, stricte égalité des rémunérations, n’a jamais vraiment été testée, ou du moins n’a pas assez duré pour être évaluée, mais le mode d’organisation des SCOP, voire des associations, des fondations, des GIE, de nouvelles formes de société à but plus humain et social est une réalité, employant près de 10% de l’effectif salarié en France (même si ce chiffre inclut des établissements mutualistes qui se sont éloignés de leur idéal fondateur)*.

Une modalité de réponse aux projets capitalistiques qui font bon marché des implantations et du personnel  est, en cas de projet de fermeture,  la reprise du site, de son savoir faire, par ses salariés, … Difficile quand c’est une petite entreprise, quasi impossible quand c’est une unité de production d’une grands entreprise, et pourtant ils l’ont fait ! Les Fralib, à Gemenos, une centaine de salariés, ont, au terme d’un bras de fer de plusieurs années, sur la durée duquel il y aurait à dire**, pu négocier en mai dernier la reprise de leur usine en SCOP face à une multinationale puissante: Unilever. C’est un cas rare, peut-être unique, qui devra être suivi avec attention. C’était d’ailleurs une promesse du candidat Hollande que n’a pas réussi à traduire dans les faits le président Hollande.

En parallèle à ce règlement d’un conflit, un autre point positif est l’évolution des lois en France pour donner aux salariés et à leurs représentants de plus en plus d’informations économiques sur l’entreprise, certaines sous clause de confidentialité, leur permettant de discuter plus efficacement avec la direction, le propriétaire, l’actionnaire, les préparant éventuellement à reprendre leur destin en main.

 

 La lutte des classes existe, c’est une des formes de la lutte pour la vie, de la lutte de chacun pour son niveau de vie,
 c’est la traduction d’intérêts opposés, même si parfois elle s’amoindrit.

L’éthologie, la psychologie, l’économie, la théorie des jeux l’ont étudié,
la situation normale entre être humains (et certains animaux d’ailleurs), entre groupes d’être humains,
est un mélange de compétition et de coopération***, avec la recherche de la combinaison la plus efficace possible.

La société économique n’y échappe pas, et chacun doit lutter pour empêcher la prédation de ses biens.
L’organisation sociale doit favoriser les formes les plus efficaces, mais aussi les moins conflictuelles,
pour préserver la cohésion et la convivialité.
Ainsi la lutte des classes doit être maitrisée, confinée aux endroits où elle fait partie de l’activité,
pour permettre un développement épanouissant de l’activité.

 

 

* http://www.economie.gouv.fr/economie-sociale-et-solidaire-de-quoi-parle-t-on

** http://www.lefigaro.fr/societes/2014/05/28/20005-20140528ARTFIG00079-unilever-solde-le-conflit-avec-les-fralib.php

***  j’aime bien la notion d’émulation !

****  selon mon calcul, 18 000 salariés x 50 000 $ /2 (moyenne linéaire) x 15 ans soit 7 Mds $

 

 

 

 

6 Réponses à “lutte des classes”

  1. bifaceb dit :

    J’ai vu que notre nouveau Prix Nobel d’économie, Jean Tirole,
    s’était prononcé il y a quelques années, pour une pénalisation financière des entreprises qui licencient, destiné à alimenter le système d’indemnisation.C’est parfaitement défendable et logique en pure vision économique.
    Mais, en fait, dans un licenciement, les entreprises peuvent être pénalisées par les indemnités extra légales, parfois très élevées, on a parlé de 100 000, 200 000 euros par salarié pour Molex ou Goodyear, assimilables, dans le contexte ci dessus, à un pretium doloris,
    et moins à une contribution économique.

    et en plus, il est spécialiste des marchés biface, pour ce blog, c’est un signe !

  2. bifaceb dit :

    il y a un aspect de la lutte des classes que je n’accepte pas, c’est là où cette lutte devient une guerre,
    avec des principes, des slogans comme « classe contre classe » qui veut dire qu’il faut choisir son camp:
    ami ou ennemi et que toute action sera jugée selon le camp qui l’a faite.
    Ainsi on défendra un salarié gravement fautif, inexcusable, au nom de la solidarité des travailleurs ou, en face,
    un patron voyou, au nom de la pression mise par les travailleurs.

    Cette conception conflictuelle aboutit à des stratégies non coopératives,
    qui font régresser le progrès économique, social, sociétal et environnemental.

  3. bifaceb dit :

    On peut s’interroger : comment le capitaliste, l’actionnaire fait-il pour faire fonctionner l’entreprise selon sa volonté jusqu’au salarié en bas de l’échelle, alors que, pour reprendre un principe de l’extrême gauche lorsque les salariés sont unis,
    ce devrait être « les patrons à la mine, à l’usine, en prison » c’est selon,
    car « sans nous, ils ne sont rien, sans eux, nous pouvons tout » ?

    C’est tout l’art, la technique du management que de faire prévaloir les décisions des propriétaires, et de convaincre les salariés de mettre toute leur énergie dans ce sens.

    Des centaines de livres ont expliqué, analysé, enseigné le Management, basé sur la force de conviction des niveaux hiérarchiques, les règles mises en place, les rémunérations en fonction des résultats demandés,… Plus on est haut dans l’organigramme, plus la partie variable du salaire s’aligne sur la stratégie de l’entreprise, plus l’intérêt, et la crainte, permettent d’aligner les responsables sur la stratégie du propriétaire, et d’aligner les récalcitrants, déviants, prudents…

  4. franz dit :

    Warren Buffett seems to understand that lobbying from the City has destroyed not created jobs:

    “I have worked with investors for 60 years and I have yet to see anyone — not even when capital gains rates were 39.9 percent in 1976-77 — shy away from a sensible investment because of the tax rate on the potential gain. People invest to make money, and potential taxes have never scared them off. And to those who argue that higher rates hurt job creation, I would note that a net of nearly 40 million jobs were added between 1980 and 2000. You know what’s happened since then: lower tax rates and far lower job creation.”

  5. bifaceb dit :

    Le combat du patronat en ce mois de novembre contre un dispositif permettant aux salariés d’être informés deux mois avant de la vente de l’entreprise dans laquelle ils travaillent, pour préparer une éventuelle reprise, est très symptomatique de cette volonté de ne pas donner au travail un quelconque « droit de regard » sur l’avenir de l’entreprise !

  6. bifaceb dit :

    et louis gallois qui dit aussi quelquechose sur le sentiment de propriété du salarié sur l’entreprise dans

    http://social.blog.lemonde.fr/2014/11/28/le-plaidoyer-social-de-louis-gallois/

    « L’entreprise, a proclamé d’emblée l’ancien commissaire général à l ‘investissement, n’appartient à personne. C’est une collectivité humaine. Les actionnaires sont propriétaires du capital de l’entreprise, pas de toute l’entreprise.
    Les salariés sont partie prenante et ils ont leur mot à dire ».

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